juin 13, 2006

 

Chronique n°24: Pêcheurs du dimanche


Il s'en aperçoit parfois des vrais et des férus, tôt les matins d'week-ends, sur les quais d' la Yamanote-sen, des pêcheurs Tokyoïtes. Z'ont l'caoutchouc au pied, la glacière en bandouillère. S'en vont vers les eaux bleues et l'onde verte. Vers Izu, Boso, proches péninsules, vers les gawa du coin, ces rivières aux berges larges que civilisent golfs et terrains d'bèse-bole. Z'ont dans l'idée, dès potron-minet, d's'aller planter sur un cailloux, sur une grève, et d'y taquiner dans la tranquilité requise leur copain Poisson. D'l'asticoter à mordre dedans.
Z'ont dans la tête une journée d'soleil bonne à s'en recuire le teint.
S'en aperçoit aussi des dilettantes. Des qui s'lèvent moins tôt, qui vont moins loin, qui descendent station suivante, Ichigaya. Vont tremper leur fil dans l'urbaine Kanda. Un lierre cache la misère, promenant son vert. Mais leur parviennent tout d'même, répétées et répétées, les annonces du va et vient des trains. Ligne Chuo à votre droite m'sieurs-dames. Sont seuls, en couples ou en famille, qui louent la petite canne, achètent l'appât standard et dans le ronron des bulleurs de bassins trempouillent l'hameçon à 400 yens de l'heure. L'fiston ou la copine prendront leurs poissons rouges, l'papa sa p'tite mémère de carpe, question de temps. Alors, la fesse sur le plastique jaune de casiers à bouteilles, patients, i' zyeutent leur bouchon, en espèrent les soubresauts.
Z'ont dans la tête une journée soleil belle à en oublier la s'maine.

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