janvier 14, 2006

 

Chronique n° 22 : Keisei line

Blanc
Keisei line. La ligne du retour. De l'aéroport de Narita à Ueno, elle étire son fil dans la banlieue tokyoïte. Rizières en chaumes, asséchées par l'hiver, succession de toits de tuiles émaillées et apparition des enseignes "Patchinko & Slot" ramènent à Tokyo.
Les bicyclettes, les collégiens débraillés dans leurs uniformes resurgissent. Dans le paysage, de loin en loin, s'appercoivent les silhouettes des sexagénaires qui, survêtement, gants blancs et bouteille de 33 cl à la main, marchent sportivement. A reculons certains !
De gare en gare, se retrouvent les lycéennes en jupes plissées. Elles écrasent du talon l'arrière de leurs mocassins de cuir. Elles rient. Montent aussi les vieilles dames, les ouvriers aux braies bouffantes, les très pomponnées oiselles et le peuple des lecteurs de journaux. S'étalent alors les grilles -de tiercé ? de résulats sportifs ?- et les petites annonces. Pas chères les montres en forme de tête de Mickey, miraculeuse la potion à faire repousser les ch'veux, du plus bel albatre les poitrines des pages coquines.
La voisine s'affaire. Pointe des pieds vers l'intérieur, genoux serrés pour y poser son sac à fanfreluches rose bonbon. Il s'agit de sortir quelque chose. Le Keitai ou le nécessaire de beauté ? Ses cils ne manquent ils pas de courbure, ses pommettes de rougeur et ses lèvres de nacré ? Une mèche à replacer. Miroir à la main elle y emploie sa science avant de s'oublier à nouveau dans la conponction soignée de sa gent.
A l'habitude, le train ronronne soporifique. Au dessus des masques hygiéniques que l'hiver fait fleurir à chaque rhume, les paupières ne résistent pas. Relâchement. Spectacle des têtes basculées à l'avant. Un manga tombe et n'est pas ramassé.
L'on traverse les rivières aux larges berges aménagées en terrains de base-ball, de foot. Toujours là, dans les roselières, yourtes de toiles bleues plastifiées, les cabanes de mauvaises fortunes passent. Dans le paysage, Tokyo grandit. Ses immeubles se dressent, modestes, les lessives de fin de semaine aux balcons, et riches : les immeubles d'affaires.
Tout file. Tokyo, Tokyo, Tokyo, que la Keisei line chatouille jusqu'à Ueno.
Mais je descends avant. Là : Nippori. Six minutes de Yamanoté line encore et j'y suis. Komagomé.
Blanc
Je suis rentré.

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