novembre 09, 2005

 

Chronique n° 20 : Putrides exhalaisons, joyeux anniversaire

Tiède pourrissement sous les Gingkos. Signe que l'Orange bleue a accompli sa révolution. Il y a un an, un air empli des mêmes exhalaisons m'accueillait. A la molle chute des fruits succéderas l'éclatant jaunissement du feuillage. Je sais que ces gens qui tôt sont là à ramasser les globes odorants en consomment l'amende, qu'elle se trouve sur les étals, 500 yens la barquette. Je connais. J'en suis, maintenant, des Tokyoïtes.
C'est même officiel. Après une semaine de cache-cache le très consciencieux officier gouvernemental en charge du recensement dans mon quartier a débusqué sa bête. Samedi, matin, 9h. Bien joué. J'ai renseigné les différentes rubriques. L. P. Français 17 m²...etc. Présence en terre Nippone ? Oui, supérieure à trois mois. Je ne suis pas de passage. Perdu en translation, mais pas de passage.
Un an derrière.
J'ai appris où casser la graine, où vider chopine. Ikebukuro. Sushi bar, 136 yens l'assiette. Bon rapport qualité prix. Akabane. Gargote à spécialité d'anguilles. S'en grignote la colonne vertébrale, frite, en gentil amuse-gueule avant des plats dont au fur et à mesure de mes visites j'apprend les noms, les saveurs, les textures. Des trois tenancières, à présent toutes me sourient, jusqu'à la moins gracieuse qui s'amuse de mes commandes. Ikebukuro encore: le Black-sheep. Assommoir à Gai-jin (étrangers) et Nipponnes. Bière chère mais Live music de qualité et des rencontres. Nathan, néo-zelandais ex-rugby man en Drôme - le monde est petit- répétant à loisir "Les gonnnzesses ici, c'est la folie" et de confirmer par quelques gestes son jugement que motivent à raison les mini-jupes. Mr Oh-Yeah, blues-man nippon. Junko, prof d'anglais. Un américain, cinquantaine bedonnante, épaules larges et sourire assuré d'un jouisseur. Une grande brunette, dentition en avant ; Une serveuse inévitablement jolie, un serveur (patron ?) curieux d'ajouter à son bon anglais quelques expressions francaises.
A boire, à manger.
A voir, à lire.
L'Institut Franco-Japonais et ses toiles. Où, ailleurs, voir les Yeux sans Visages (Georges Franju, 1960) ? L'Institut et la librairie Rive-gauche qui lui fait face, plus garnie que le 8ème étage du Kinokunya de Shinjuku. M'y attendaient Extemendi (Florence Delay), l'amusante Vie de Casanova et Pierrot mon ami (Queneau). Un Pierrot qui dans Paris joue aux jeux à billes. Les Tokyoïtes apprécieraient car il pullule, ici ce bandit manchot: Pachinko. Vacarme, fumée. Ambiance de salles des machines pour s'obnubiler à mirer l'aléatoire rebondissement de billes de métal dans un vertical dédale. Une drogue, ses addicts, ses faits divers. Les enfants périssant dans la maison en flamme : parents et grands-parents au patchinko. La petite morte de chaleur dans la voiture, maman au patchinko.
Un sujet pour "Le vif du sujet", qui meuble aussi quelques instants de ma vie de Tokyoïte ?


Un an devant.
Il va reprendre le défilement. Hanami. Les cigales vrillant l'air de leur chant. L'air lourd de l'été. Bis. Avec tout de même, tout ce que je n'ai pas encore goûté.


Comments:
Ca fait plaisir de retrouver tes mots distillant poésie et philosophie. Que de souvenirs!!!
Continues à rafraîchir ma mémoire... Merci! Mél.
 
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