juin 16, 2005

 

Chronique n° 17 : Politesse exacerbée

blanc
Ah, les bonnes manières japonaises ! Tout à la fois délice et supplice. Ainsi, cette fin d'après midi, wagon vert, la Yamanoté. Bercés à l'habitude quelques Tokyoïtes s'y laissent aller. Tel ce grand garçon et sa vingtaine d'années. Solide morceau de japonais mais fatigué. Il cède au ronron ferroviaire. Balance un moment, jusqu'à l'avachissement.
Dénervé, le gros bébé vient poser sa tête sur l'épaule du voisin. Inattendu fardeau. Le vieux bonhomme s'en serait passé. Un coup d'œil. "Il va se réveiller ?". Espoir immédiatement déçu. L'importun se trouve bien, s'installe. Il va falloir gérer. Diable, l'imprévu s'est abattu ! Sa pomme doit d'en sortir. Soixante ans de dignité à ne pas démonter. L'harmonie à préserver. Rester maître de soi. Si seulement son épouse pouvait ne pas le gratifier de conseils avisés. L'air de rien (rien ne s'est passé, rien ne s'est passé !) il se concentre. "Il suffit de s'avancer, bouger un peu et tout reviendra dans l'ordre, le gaillard se réveillera sans se douter. Retour à la liberté et chacun conservera sa contenance".
Le voilà donc qui s'emploie à se dégager. Se penche, appuie un coude sur un genou, quelques centimètres gagnés…L'encombrante tête roule enfin, se loge entre sa personne et le dossier. Le confort n'y a pas gagné mais l'autre va s'éveiller ?! Non. Le bougre dort du sommeil des obstinés. La guigne. Déjà trois stations dépassées. Attendre, attendre. Il descends bientôt, peut être. C'est tout de même bien gênant cette situation.

"Komaaagomee-Komaaagomee". Ma station. Je suis descendu. Le vieil homme s'est éloigné. Une tête dans son dos rêvait.

Comments:
Ca leur arrive tout le temps... le ronron ferroviare est presque une discipline olympique ici.
 
Enregistrer un commentaire

<< Home

This page is powered by Blogger. Isn't yours?