avril 06, 2005

 

Chronique n° 15 : Serviette-Eponge

essais
En matière de textiles, j'ai quelques regrets. Un vocabulaire moins que balbutié et une connaissance physique étriquée. Le défilement des jupes, à Shinjuku, à Chibuya –chauds quartiers- me l'a rappelé : Incapacité à nommer telle étoffe, à décrire un plissé, un ourlé. Même bien portée la fibre nipponne semblait m'échapper lorsque enfin je reconnu du tissus. Quelques décimètres carrés à dire vrai. Une peau de chagrin: une serviette éponge.
Rien de plus bêta que ce classique. Coton, synthétique, peu importe pourvu qu'il absorba. L'usage qui en est fait ici mérite pourtant mention. Car, l'habituelle pièce des parures de bain s'est affranchie des salles d'eau. Question d'Hygrométrie. Elle s'est acclimatée. Hors la maison, loin de tout évier, de toute baignoire, elle est venue peupler les chefs d'ouvriers et les baise-en-ville. Sur les premiers, elle boit les chaudes suées, roulée en bandeau et nouée au coin du crâne. La chaleur aidant, elle s'alanguit jusqu'à s'étaler, seule - protection contre une insolation - ou sous la compagnie d'un rond et coloré casque de chantier. Dans les seconds, elle abandonne ces rudesses : la voilà mêlées aux fanfreluches des sacs à mains. Elle s'amuse des pinces à courber les cils et se rit de ces faux ongles en séries, peints et bibelotés pour les jours de sorties. De temps en temps, elle même s'aventure. Pour éponger, c'est son sort. Le front, le bout du nez, la base du nez. La base du nez !? Vous m'entendez ? Cette serviette éponge là tient lieu de mouchoir ! La goutte-au-nez ne lui résiste pas. Pas de frottement, mais quelques appositions. Et hop : évaporées celles qui pendaient ! Pour le reste, plus délicat, on abonderas en sonores reniflements…tant qu'il faudra.
Mais je m'arrêterais là.

Dire qu'avec quelques mots en plus vous auriez pu y avoir droit, aux jupes de Chibuya…

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