août 15, 2006

 

Avec




 

Chronique n° 25 : Yasukuni Jinja.

Il est venu. A 7h30 il montait dans sa grande voiture noire. Des hommes vétus de noir l'accompagnaient et lui même portait une sorte de redingote à queue de pie, noire. Sa chevelure grise si particulière le distinguait cependant sans difficulté. Koizumi, premier ministre en exercice.
Le bougre, 7h30 c'est un peu tôt. Je suis pris de court. Moi qui comptait, qui-sait, l'apercevoir dans la journée. Tant pis, j'irais sans lui. Vers 14h. Aux alentours du sanctuaire, par la rue montante perpendiculaire à l'allée de sakuras qui borde le canal, les effectifs de flicaille sont visiblement renforcés. Quatre cars de CRS au lieu des deux habituels. Arrivé au temple, je comprends mieux. C'est une vraie foule des grands jours. Je ne m'attendais qu'à ces mines patibulaires de l'extrême-droite, docks de cuir aux pieds et uniformes et ce sont des vieillards courbés et des japonais de tous les jours que j'apercois faire la queue devant le si controversé sanctuaire. Le sens de quelque stands m'échappe, où les gens s'assoient et paraissent apporter une contribution sonnante et trébuchante ; mais dans la conversation entre cette vénézuelienne et cet homme qui s'improvise traducteur je comprends que ces hommes ridés et mal assurés sur leurs jambes sont des vétérans. Lui, dit-il, s'est battu contre les Chinois, mais il voudrait bien avoir l'occasion de payer un verre à un combattant Chinois, il ne leur en veut pas. Pour sur oui. Ce vieux on peut le comprendre, ceux là, en revanche, qu'est ce qu'ils fichent accoutrés de la sorte ? Celui-ci, avec son couvre chef de pilote, cet autre sabre au côté, et celui-là, croix gammée sur le poitrail ? Ils sirotent tranquilles leurs Sapporo, nullement marginalisés. Plusieurs personnes viennent les déranger, ce serait pour une photos, vous et moi SVP. Et hop, une pose, torse bombé aussi à côté du "guerrier". Je ne comprends pas. Un jeune américain lui aussi perturbé me demande la signification de ces déguisements. Je ne sais pas vraiment et ce n'est pas celui qui nous aborde, tentant deux mots de français, deux mots d'espagnols et trois d'anglais pour l'épate qui va nous aider. Il est ivre derrière ses mauvais chicots et ses lunettes opaques.

Dommage. Je préfère le Yasukuni vide. Ou seulement occupé par ses fleurs, ses grands liserons qu'arrosaient sous le soleil de plomb de la semaine passée trois jardiniers. Je préfère le Yasukuni du petit marché d'antiquaires qui se tient sous les ginkgos de son allée. Avec le comique de ces trois marins, dans leurs uniformes blanc, venus derrière le sanctuaire, sous les arbres, donner du clairon. Ah ils n'étaient pas au point. Une vraie, une belle cacophonie, à vite passer devant eux sans quoi le fou-rire éclate. Et le petit jardin, en retrait, avec sa marre et son distributeur pour acheter un paquet de nourriture pour les carpes Koi, ces beautés or, rouges, noires, bêtes comme mes pieds ! Quel remous pour attraper trois granules. Leurs grandes bouches qui s'étendent, trois fois sur quatre dans le vide, avec de grands bruits de sucions.

Je préfère le Yasukuni loin de la controverse. Un Yasukuni sans Koizumi.

août 14, 2006

 

Sans



juin 13, 2006

 

Pêche sportive

 

Chronique n°24: Pêcheurs du dimanche


Il s'en aperçoit parfois des vrais et des férus, tôt les matins d'week-ends, sur les quais d' la Yamanote-sen, des pêcheurs Tokyoïtes. Z'ont l'caoutchouc au pied, la glacière en bandouillère. S'en vont vers les eaux bleues et l'onde verte. Vers Izu, Boso, proches péninsules, vers les gawa du coin, ces rivières aux berges larges que civilisent golfs et terrains d'bèse-bole. Z'ont dans l'idée, dès potron-minet, d's'aller planter sur un cailloux, sur une grève, et d'y taquiner dans la tranquilité requise leur copain Poisson. D'l'asticoter à mordre dedans.
Z'ont dans la tête une journée d'soleil bonne à s'en recuire le teint.
S'en aperçoit aussi des dilettantes. Des qui s'lèvent moins tôt, qui vont moins loin, qui descendent station suivante, Ichigaya. Vont tremper leur fil dans l'urbaine Kanda. Un lierre cache la misère, promenant son vert. Mais leur parviennent tout d'même, répétées et répétées, les annonces du va et vient des trains. Ligne Chuo à votre droite m'sieurs-dames. Sont seuls, en couples ou en famille, qui louent la petite canne, achètent l'appât standard et dans le ronron des bulleurs de bassins trempouillent l'hameçon à 400 yens de l'heure. L'fiston ou la copine prendront leurs poissons rouges, l'papa sa p'tite mémère de carpe, question de temps. Alors, la fesse sur le plastique jaune de casiers à bouteilles, patients, i' zyeutent leur bouchon, en espèrent les soubresauts.
Z'ont dans la tête une journée soleil belle à en oublier la s'maine.

juin 04, 2006

 

Ichigaya. Un coin d'pêche au coeur du grand Tokyo.

février 15, 2006

 

Chronique n° 23 : Yaki-imo

blanc
Station Todaimae. Ca dure son temps, ce jeu. Deviner s'il est là. Quitter la rame, prendre à gauche, grimper. Et plus qu'à l'accoutumé, avoir le nez en l'air.
R'nifler. Humer.
Du vent evidemment dépends l'issue. Contraire, je suis d'dans. Engouffrant, partie gagnée. Les effluves de son commerce à tous coups le dévoilent. Douceurs de fécule cuite mêlées de boisé. Odeur, parfois chanson. Depuis un haut-parleur, la mélopée pour s'annoncer. Comme chez nous un jour crièrent les rémouleurs.
Dernière marche et à droite.
De visu alors, son surgissement. Bonnet de laine bleu. Gants de laine blancs. Le visage mat, les yeux plissés. Scrutation du client. Moitié dissimulé par sa cariole à bras. Deux pneumatiques, un fardeau de chevrons combustibles et un caisson rouillé. Poêle d'où monte un coude de zinc et la fumée. Où couve la braise. Où cuit la marchandise.
Il était là ce matin, le brave homme. Car c'est encore l'Hiver. Le temps reste propice a fourguer ou consommer sa came: Patates douces, et chaudes, et emmaillotées. Yaki-Imo.
Il était là ce matin. Je l'ai d'viné.
Mais demain ?

janvier 24, 2006

 

Les cerisiers de Ueno sous la neige

janvier 14, 2006

 

Chronique n° 22 : Keisei line

Blanc
Keisei line. La ligne du retour. De l'aéroport de Narita à Ueno, elle étire son fil dans la banlieue tokyoïte. Rizières en chaumes, asséchées par l'hiver, succession de toits de tuiles émaillées et apparition des enseignes "Patchinko & Slot" ramènent à Tokyo.
Les bicyclettes, les collégiens débraillés dans leurs uniformes resurgissent. Dans le paysage, de loin en loin, s'appercoivent les silhouettes des sexagénaires qui, survêtement, gants blancs et bouteille de 33 cl à la main, marchent sportivement. A reculons certains !
De gare en gare, se retrouvent les lycéennes en jupes plissées. Elles écrasent du talon l'arrière de leurs mocassins de cuir. Elles rient. Montent aussi les vieilles dames, les ouvriers aux braies bouffantes, les très pomponnées oiselles et le peuple des lecteurs de journaux. S'étalent alors les grilles -de tiercé ? de résulats sportifs ?- et les petites annonces. Pas chères les montres en forme de tête de Mickey, miraculeuse la potion à faire repousser les ch'veux, du plus bel albatre les poitrines des pages coquines.
La voisine s'affaire. Pointe des pieds vers l'intérieur, genoux serrés pour y poser son sac à fanfreluches rose bonbon. Il s'agit de sortir quelque chose. Le Keitai ou le nécessaire de beauté ? Ses cils ne manquent ils pas de courbure, ses pommettes de rougeur et ses lèvres de nacré ? Une mèche à replacer. Miroir à la main elle y emploie sa science avant de s'oublier à nouveau dans la conponction soignée de sa gent.
A l'habitude, le train ronronne soporifique. Au dessus des masques hygiéniques que l'hiver fait fleurir à chaque rhume, les paupières ne résistent pas. Relâchement. Spectacle des têtes basculées à l'avant. Un manga tombe et n'est pas ramassé.
L'on traverse les rivières aux larges berges aménagées en terrains de base-ball, de foot. Toujours là, dans les roselières, yourtes de toiles bleues plastifiées, les cabanes de mauvaises fortunes passent. Dans le paysage, Tokyo grandit. Ses immeubles se dressent, modestes, les lessives de fin de semaine aux balcons, et riches : les immeubles d'affaires.
Tout file. Tokyo, Tokyo, Tokyo, que la Keisei line chatouille jusqu'à Ueno.
Mais je descends avant. Là : Nippori. Six minutes de Yamanoté line encore et j'y suis. Komagomé.
Blanc
Je suis rentré.

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